La province de Lleida a besoin de 276 millions d’euros pour retirer l’amiante de ses toitures, mais la Généralité, qui a adopté en juin 2026 une loi visant à éradiquer ce matériau cancérigène, n’a engagé que 20 millions d’euros par an d’aides. À ce rythme, les habitants de Lleida mettraient près de quatorze ans à se débarrasser du fibrociment toxique qui recouvre 9,2 millions de mètres carrés sur 34 277 toits. Et le pire : seules 8 des 231 communes de la province ont commencé à agir. Les autres, y compris le Segrià avec ses 7 924 toits, continuent de respirer des fibres d’amiante tandis que l’indépendantisme fait de la fumée législative.
Retrait de l’amiante à Lleida : un coût de 276 millions
Les données, publiées par le journal Segre, sont accablantes. L’Agence des Déchets de Catalogne (ARC) a calculé que le coût moyen de retrait de l’amiante est de 30 euros par mètre carré. À Lleida, la surface concernée atteint 9,2 millions de mètres carrés, ce qui donne une facture totale de 276 millions d’euros. Mais la réalité est encore plus grave : 70 % de ces toits, soit près de 24 000, se concentrent dans les comarques de la plaine de Lleida, où l’activité agricole et industrielle a laissé un chapelet de fibrociment dans les hangars, les fermes et les entrepôts.
La comarque du Segrià est en tête de la liste noire avec 7 924 toits en amiante. Viennent ensuite la Noguera avec 6 813, l’Urgell avec 3 357 et le Pla d’Urgell avec des chiffres similaires. Ces quatre comarques concentrent l’essentiel du problème, mais toute la province est touchée. L’utilisation de l’amiante dans la construction a été interdite en Espagne en 2002, mais pendant des décennies, il a été installé sans contrôle sur les toits de toute la Catalogne. Aujourd’hui, plus de vingt ans après, la facture arrive et personne ne veut la payer.
Huit communes contre 223 : la gestion de l’abandon
Sur les 231 communes de la province de Lleida, seules huit ont commencé le retrait de l’amiante ou ont un plan pour le faire. Il s’agit d’Alcoletge, El Poal, Guissona, L’Albagés, La Pobla de Segur, Les Oluges, Sant Ramon et Talavera. Huit villages qui ont décidé d’agir par eux-mêmes, sans attendre que la Généralité bouge. Les autres, 223 communes, restent sans plan ni budget pour faire face au problème.
Cette paralysie n’est pas un hasard. La loi catalane sur l’éradication de l’amiante, adoptée par le Parlement en juin 2026, établissait un cadre juridique pour accélérer le retrait, mais elle n’a pas été accompagnée des ressources nécessaires. La Généralité a annoncé une enveloppe de 20 millions d’euros par an d’aides, un montant qui, selon les calculs de l’ARC, ne couvre qu’environ 7 % du coût total à Lleida. Pour éliminer tout l’amiante de la province, il faudrait 13,8 ans au rythme actuel d’investissement. Et encore, en supposant que les 20 millions soient intégralement destinés à Lleida, ce qui n’est pas le cas car l’enveloppe est pour toute la Catalogne.
Le coût humain du silence politique
L’amiante n’est pas seulement un problème économique. C’est un tueur silencieux. Les fibres de ce minéral, lorsqu’elles sont inhalées, peuvent provoquer un cancer du poumon, un mésothéliome et une asbestose, des maladies qui mettent entre 20 et 40 ans à se manifester. À Lleida, des milliers de personnes vivent et travaillent sous des toits en fibrociment qui se dégradent avec le temps, libérant des particules toxiques dans l’air.
L’Organisation mondiale de la santé estime que l’amiante cause plus de 100 000 décès par an dans le monde. En Espagne, bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels précis, les registres des maladies professionnelles et du travail montrent un flux constant de cas. À Lleida, l’exposition est particulièrement élevée en milieu rural, où les hangars agricoles et d’élevage sont couverts d’éternit vieillissant. Les agriculteurs, les éleveurs et leurs familles sont les premiers touchés, mais aussi les habitants de villages entiers qui respirent la poussière des toits dégradés.
L’indépendantisme, qui contrôle la Généralité depuis 2010, a privilégié d’autres priorités. Pendant que le gouvernement de Pere Aragonès, puis celui de Salvador Illa (PSC), consacrent des ressources à la consultation populaire, au processus ou au financement régional, le retrait de l’amiante reste une question en suspens. La loi de juin 2026 était un geste, mais sans argent ni délais contraignants, elle reste lettre morte.
La gestion responsable qui ne vient pas
Le problème de l’amiante à Lleida n’est pas seulement celui de la Généralité. Les mairies, beaucoup dirigées par des indépendantistes ou des forces de gauche, ont également regardé ailleurs. Aucune des grandes communes de la province, comme la ville de Lleida, Tàrrega, Balaguer ou Mollerussa, ne figure parmi les huit qui ont commencé le retrait. La capitale du Segrià, avec des milliers de toits en amiante dans les zones industrielles et les quartiers ouvriers, reste sans plan global.
La gestion de ce problème exige une coordination entre les administrations, ce qui brille par son absence en Catalogne. La Diputació de Lleida, contrôlée par ERC et Junts, n’a pas non plus impulsé de programmes spécifiques. Pendant ce temps, les citoyens de Lleida, qui paient leurs impôts et attendent des services publics efficaces, voient le poison planer au-dessus de leurs têtes.
Pour les sympathisants de VOX et du PP à Lleida, ce cas est un exemple de plus de l’inefficacité de l’indépendantisme dans la gestion des affaires publiques. La priorité n’est pas la santé des habitants de Lleida, mais l’agenda politique. L’insécurité citoyenne, l’immigration irrégulière et maintenant l’amiante : des problèmes réels que le gouvernement régional ne résout pas tandis qu’il s’empêtre dans des querelles identitaires.
Une réflexion pour l’avenir : l’horloge tourne
L’amiante n’attend pas. Chaque année qui passe, les toits se dégradent davantage, libérant plus de fibres dans l’air. Les 276 millions dont Lleida a besoin ne sont pas une dépense, mais un investissement dans la santé publique. Mais à ce rythme, quand la Généralité aura alloué les 20 millions annuels pendant quatorze ans, de nombreux habitants de Lleida seront tombés malades ou seront morts.
La solution passe par une exigence de responsabilités. Le gouvernement espagnol, via le ministère de la Transition écologique, devrait s’impliquer avec des fonds spécifiques, comme il le fait déjà pour le retrait de l’amiante dans les bâtiments publics. La Généralité, de son côté, doit augmenter les enveloppes et fixer des délais contraignants. Et les mairies, surtout celles de la plaine de Lleida, doivent cesser de regarder ailleurs.
Pendant que l’indépendantisme fait de la fumée législative, les habitants de Lleida respirent des fibres cancérigènes. La loi de juin 2026 est un pas, mais insuffisant. Sans argent, sans délais et sans volonté politique, l’amiante continuera de tuer en silence. Et Lleida, une fois de plus, paiera le prix d’une gestion irresponsable.