Les habitants de Torres de Segre, Aitona, Albatàrrec, Benavent de Segrià et Alpicat vivent depuis des semaines avec une réalité qu’aucun village ne devrait subir : des sacs-poubelles entassés pendant des jours sur les trottoirs, des liquides qui s’écoulent des camions et salissent les rues, et un service de collecte passé de douze passages hebdomadaires à seulement trois. Le plus grave n’est pas seulement la dégradation du service, mais le fait que les municipalités paient plus qu’avant. La concession à la multinationale Urbaser, qui a remplacé FCC, est devenue un foyer de tensions qui menace d’éclater : plusieurs maires ont déjà annoncé qu’ils ne paieraient pas tant que les conditions convenues ne seront pas rétablies. C’est la chronique d’une privatisation ratée qui frappe directement la qualité de vie et la salubrité dans le Segrià.

La carte du mécontentement : cinq villages, une même plainte

La protestation n’est pas isolée. Selon ce qu’a publié SEGRE, les communes concernées sont Torres de Segre, Aitona, Albatàrrec, Benavent de Segrià et Alpicat. Toutes partagent un même problème : l’entreprise Urbaser, qui a repris le service après le départ de FCC, ne respecte pas ses engagements. Les maires dénoncent que les sacs-poubelles s’accumulent pendant plusieurs jours, que les horaires de collecte sont systématiquement bafoués et que les camions, vieux et sujets à des pannes incessantes, déversent des liquides qui salissent les rues.

La situation a généré un mécontentement croissant chez les habitants, qui voient un service de base se transformer en problème de santé publique. Selon les propos du maire de Torres de Segre, Àxel Curcó, rapportés par SEGRE : “Nous venions d’un mauvais service et les premières semaines, tout était ajusté en termes d’horaires et de propreté, mais nous ne savons pas ce qui s’est passé pour que cela se dégrade progressivement. Il faut tenir compte du fait que la redevance mensuelle a aussi augmenté et nous exigeons une bonne prestation.”

Le coût de l’inefficacité : plus d’argent pour moins de service

L’un des chiffres les plus frappants de cette crise des déchets est l’augmentation économique supportée par les municipalités. La redevance mensuelle qu’elles paient a grimpé de manière significative, une hausse qui ne correspond pas à la qualité du service reçu. Bien au contraire : tandis que le coût augmente, la fréquence de collecte s’est effondrée, passant de douze fois par semaine à seulement trois.

Ce décalage entre ce qui est payé et ce qui est reçu a poussé les maires à envisager des mesures radicales. Selon les informations publiées, certaines municipalités comme Aitona, Albatàrrec et Torres de Segre menacent de ne pas payer la prestation tant que les conditions convenues ne seront pas améliorées. C’est une décision risquée, car elle pourrait déboucher sur des conflits juridiques, mais les édiles estiment que c’est le seul moyen de faire pression sur une entreprise qui, jusqu’à présent, n’a pas répondu à leurs plaintes.

La maire d’Aitona, Rosa Pujol, et celui d’Albatàrrec, Jaume Sanuy, ont souligné que les défaillances sont dues au manque de personnel et à des camions sujets à des pannes incessantes. Tous deux réclament au Conseil comarcal du Segrià d’appliquer des sanctions au concessionnaire. La question qui plane est la suivante : pourquoi une entreprise de la taille d’Urbaser, présente dans toute l’Espagne, n’est-elle pas capable de garantir un service de base dans cinq villages du Segrià ?

Le Conseil comarcal dans le viseur

La concession du service de collecte des déchets ne dépend pas directement des municipalités, mais du Conseil comarcal du Segrià, qui a attribué le contrat à Urbaser. C’est pourquoi les maires ont adressé leurs plaintes à cette institution, exigeant qu’elle agisse avec fermeté.

Le problème est que, pendant que la machine administrative se met en branle, les habitants continuent d’en subir les conséquences. À Benavent de Segrià, le maire Antoni Carré a reconnu que “cette semaine, on rattrape le retard en ce qui concerne la collecte”, ce qui suggère que l’entreprise réagit tard et mal, après des semaines d’accumulation de déchets.

La situation soulève une question plus vaste : l’externalisation des services publics auprès de grandes entreprises privées. En théorie, elle devrait garantir efficacité et économies, mais dans la pratique, lorsqu’il n’y a pas de supervision rigoureuse, le résultat peut être inverse. Les municipalités paient plus, les habitants reçoivent moins, et l’entreprise, pendant ce temps, continue d’encaisser.

L’impact sur la vie quotidienne : de la colère à l’inquiétude sanitaire

Au-delà des chiffres et des déclarations politiques, il y a un impact réel sur la vie des gens. Avoir des sacs-poubelles entassés pendant des jours devant chez soi n’est pas seulement une nuisance esthétique ; c’est un foyer de mauvaises odeurs, de prolifération d’insectes et de rongeurs, et un risque sanitaire, surtout pendant les mois chauds.

Les habitants de ces villages ont vu leurs rues se salir avec les liquides qui s’écoulent des camions, un problème dénoncé par les maires et qui affecte directement la convivialité et l’image des communes. Le laisser-aller dans un service de base comme la collecte des déchets ajoute un élément supplémentaire de mécontentement et de sentiment d’abandon institutionnel parmi les citoyens du Segrià.

Regard vers l’avenir : sanctions, impayés ou renégociation

L’avenir immédiat de cette crise dépendra de la capacité de pression des municipalités et de la réponse du Conseil comarcal et d’Urbaser. La menace de ne pas payer est sérieuse, mais aussi risquée : si les municipalités cessent de verser les redevances, l’entreprise pourrait recourir à la voie judiciaire, et les habitants seraient les premiers à en subir les conséquences si le service s’arrêtait complètement.

L’option la plus sensée serait que le Conseil comarcal applique les sanctions réclamées par les maires, forçant Urbaser à respecter le contrat. Mais pour cela, il faut une volonté politique et une supervision réelle, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent.

Quoi qu’il en soit, cet épisode devrait servir de leçon pour les futures concessions. Il ne suffit pas d’attribuer un service au mieux-disant ; il faut mettre en place des mécanismes de contrôle permettant de détecter et de corriger les manquements de manière rapide et efficace. Sinon, la privatisation ne sera pas une solution, mais un problème supplémentaire.

En attendant, les habitants de Torres de Segre, Aitona, Albatàrrec, Benavent de Segrià et Alpicat continueront de voir les déchets s’accumuler dans leurs rues, payant plus cher pour un service qui empire chaque jour. Et les maires, pris entre l’obligation de garantir la salubrité et l’impuissance de ne pas pouvoir exiger ce qu’ils ont payé, devront décider s’ils appuient sur la gâchette de l’impayé ou s’ils attendent que l’administration comarcale, celle qui est censée veiller à leurs intérêts, fasse autre chose que regarder ailleurs.