Un habitant de Linyola circulait sur l’Avinguda Prat de la Riba avec sa fille mineure dans la voiture. Quelques minutes plus tard, selon sa plainte déposée auprès des Mossos d’Esquadra, il se retrouvait au sol, un genou sur la nuque, incapable de respirer, menotté, un bras fraîchement opéré tordu dans le dos, et un agent de la Garde Urbaine sur lui. Des heures plus tard, à l’hôpital, un autre agent l’aurait attrapé par le cou, plaqué contre le mur et menacé en lui disant de faire attention car il savait désormais qui il était et pouvait s’en prendre à lui. La réponse de la mairie de Lleida n’a pas été d’ouvrir une enquête interne, mais de se constituer partie civile contre le plaignant pour violence envers agents de l’autorité. L’institution censée protéger le citoyen devient son accusateur.
La version du plaignant : asphyxie, coups et menaces à l’hôpital
Les faits, selon le récit du résident de Linyola recueilli par SEGRE, ont commencé lorsque plusieurs agents de la Garde Urbaine lui ont crié qu’il leur avait coupé la route. Le plaignant affirme qu’il y a eu un léger accrochage entre son véhicule et la voiture de patrouille, et souligne un détail qui remet en cause la version officielle : l’égratignure sur la voiture de police était noire, alors que sa voiture est blanche. Ce détail, s’il est confirmé, indiquerait que l’accrochage n’a pas eu lieu avec son véhicule ou que le dommage était antérieur.
L’escalade de violence a été immédiate. Selon la plainte, les agents l’ont jeté au sol, lui ont tordu le bras fraîchement opéré, l’ont menotté, ont posé un genou sur sa nuque et un autre agent s’est mis sur lui. Le plaignant a déclaré qu’il ne pouvait pas respirer. Un troisième agent l’a projeté contre le cadre de la portière du véhicule de police, lui cognant le front, et lui a asséné trois couings de poing au visage.
La situation ne s’est pas arrêtée sur la voie publique. À l’hôpital, où il a été transféré après son arrestation, un agent l’a attrapé par le cou, plaqué contre le mur et lui a dit de faire attention car il savait désormais qui il était et pouvait s’en prendre à lui. Le plaignant, qui recherche des témoins oculaires, a déposé une plainte formelle auprès des Mossos d’Esquadra, le corps de police chargé d’enquêter sur les autres corps policiers en Catalogne.
La réponse de la Paeria : déni et judiciarisation du plaignant
La réaction de la mairie de Lleida a été immédiate et catégorique. La Paeria nie catégoriquement l’agression. Selon sa version officielle, le plaignant s’est confronté aux agents et ceux-ci ont procédé à son arrestation. Loin d’ordonner une enquête interne pour faire la lumière sur les faits, le conseil municipal a annoncé qu’il se constituerait partie civile contre le résident pour violence envers agents de l’autorité.
Cette décision soulève une question de fond : où est passée la présomption d’innocence lorsque l’institution censée la garantir se constitue en accusation contre un citoyen qui affirme avoir été victime d’une agression ? La Paeria non seulement n’enquête pas, mais judiciarise le plaignant, inversant les rôles : le citoyen qui dénonce une présumée brutalité policière devient l’accusé, et la mairie, son accusateur.
Pour le citoyen de Lleida, cette attitude institutionnelle envoie un message inquiétant : si vous dénoncez la Garde Urbaine, la mairie vous poursuivra en justice. La fonction de la partie civile devrait être réservée aux cas où il existe des indices solides de délit, et non pour faire taire des plaintes gênantes contre les agents municipaux.
Le contexte : une Garde Urbaine sous suspicion récurrente
Ce n’est pas un cas isolé. La Garde Urbaine de Lleida a été au centre de plusieurs polémiques pour usage de la force. Dans le passé, une vidéo montrait plusieurs agents maîtrisant un jeune homme au carrer Major avec une violence qui a suscité des critiques sur les réseaux sociaux et au conseil municipal. Une autre fois, un détenu a dénoncé avoir reçu des coups en cellule, mais l’affaire a été classée sans suite faute de preuves.
Le problème de fond est le manque de mécanismes indépendants de contrôle interne. Lorsqu’un citoyen dénonce la Garde Urbaine, l’enquête incombe aux Mossos d’Esquadra, mais la Paeria a le pouvoir d’ouvrir des procédures disciplinaires internes. Dans ce cas, la mairie a choisi de ne pas le faire et, à la place, a décidé de poursuivre le plaignant.
La décision de se constituer partie civile implique que la mairie utilisera des fonds publics pour plaider contre un résident qui affirme avoir été victime d’une agression. Dans un contexte de maîtrise des dépenses municipales, cette priorité est pour le moins discutable.
L’impact pour le citoyen de Lleida : vers qui se tourner ?
Pour un citoyen de Lleida qui s’estime victime d’un abus policier, cette affaire crée un précédent décourageant. Si vous portez plainte, vous ne faites pas seulement face à la difficulté de prouver les faits, mais l’institution même qui emploie les agents dénoncés devient votre accusateur. Le message implicite est clair : il vaut mieux se taire.
La plainte auprès des Mossos d’Esquadra est la voie choisie par le résident de Linyola, mais l’expérience montre que les enquêtes internes entre corps policiers aboutissent rarement à des sanctions fermes. Le manque de témoins indépendants, le retard dans la collecte des preuves et le corporatisme policier jouent généralement en faveur des agents.
Le plaignant recherche des témoins qui auraient pu voir les faits sur l’Avinguda Prat de la Riba de Linyola. La diffusion de cette affaire dans les médias locaux peut aider à trouver quelqu’un qui a vu ce qui s’est passé et qui est prêt à témoigner. Sans témoins, la parole du citoyen contre celle des agents réussit rarement devant les tribunaux.
Une réflexion pour l’avenir : la nécessité de mécanismes de contrôle indépendants
Cette affaire devrait ouvrir un débat à Lleida sur la nécessité de créer des mécanismes indépendants de contrôle de l’action policière. Tant que la Paeria agira comme juge et partie, les citoyens qui dénoncent la Garde Urbaine seront dans une position de vulnérabilité institutionnelle.
La création d’une commission citoyenne de suivi de l’action policière, avec la participation de partis, d’associations de quartier et d’experts indépendants, pourrait être une solution. L’obligation pour tous les agents de porter des caméras corporelles activées pendant les interventions, une mesure déjà appliquée dans d’autres villes espagnoles et qui réduit à la fois les fausses plaintes et les abus réels, pourrait également l’être.
En attendant, le résident de Linyola espère que les Mossos enquêteront sur sa plainte avec impartialité. La Paeria, au lieu de se constituer contre lui, aurait dû ouvrir une enquête interne et, si les faits sont confirmés, sanctionner les responsabilités. La présomption d’innocence n’est pas un privilège des agents ; c’est un droit de tous les citoyens, y compris de ceux qui dénoncent avoir été victimes d’une agression policière. À Lleida, ce droit semble remis en cause lorsque l’institution censée le protéger se constitue en accusation.