Lleida a perdu German París, professeur de droit romain à l’Université de Lleida (UdL) et codirecteur de la Chaire Trivium de débat, décédé à l’âge de 53 ans. La nouvelle, confirmée par le journal Segre, a provoqué une vague de réactions dans les milieux académiques et culturels de la ville. Paris n’était pas un enseignant ordinaire : il combinait l’enseignement universitaire avec le monde de l’édition indépendante et la formation à la pensée critique. Sa mort laisse un vide qui dépasse les salles de classe.
Le profil d’un intellectuel complet
German París était un ancien étudiant de l’UdL revenu dans son alma mater comme professeur de droit romain, une discipline qu’il savait relier à l’actualité juridique et sociale. Mais sa véritable empreinte s’est forgée au sein de la Chaire Trivium, un espace de débat qu’il codirigeait et qui formait les étudiants à l’argumentation rigoureuse, à la pensée critique et au dialogue respectueux. Il exerçait également comme éditeur, bien que les détails concrets de sa maison d’édition n’aient pas été divulgués. Dans une ville comme Lleida, où l’industrie culturelle indépendante lutte pour survivre, avoir un professeur qui éditait aussi des livres tendait un pont entre le savoir universitaire et la société civile.
Sa mort à 53 ans, selon les informations publiées par Segre, a consterné collègues et étudiants. L’UdL a perdu un enseignant engagé, mais Lleida a perdu un bâtisseur de capital culturel, cet intangible qui fait qu’une ville n’est pas seulement un lieu où vivre, mais un espace où penser.
Le vide intellectuel laissé par German París
La disparition de figures comme Paris ne devrait pas passer inaperçue pour ceux qui gèrent les affaires publiques. Ces dernières années, la Generalitat de Catalogne a consacré des ressources à des macro-événements comme la Capitale de la Culture Catalane ou à des accords industriels avec de grandes entreprises, tandis que le tissu culturel de base — celui que forment les professeurs, les éditeurs, les libraires et les petits promoteurs — languit faute de soutien structurel. Paris représentait le contraire : un travail silencieux, constant, sans projecteurs ni titres, qui formait des citoyens critiques capables de débattre sans s’insulter.
La Chaire Trivium, qu’il codirigeait, était une oasis dans un paysage universitaire de plus en plus orienté vers l’employabilité immédiate et moins vers la formation humaniste. Combien d’étudiants sont passés par ses ateliers de débat ? Combien d’entre eux sont aujourd’hui des professionnels qui savent argumenter, écouter et exprimer leur désaccord avec respect ? Tel est l’héritage qu’il laisse, mais aussi la question qui devrait interpeller les recteurs et les politiques.
L’université publique et le dilemme de la spécialisation
L’UdL, comme de nombreuses universités publiques espagnoles, est prise entre deux feux : l’exigence de produire une recherche quantifiable dans les classements internationaux et la nécessité de maintenir un enseignement de qualité qui forme des citoyens complets. German París, avec son profil de romaniste et d’éditeur, incarnait cette tension. Sa mort oblige à réfléchir sur le type de professeurs que l’on est en train de perdre.
À une époque où les humanités sont systématiquement dévalorisées au profit des filières techniques, la figure de Paris rappelait que le droit romain n’est pas une antiquité : c’est la base du système juridique occidental, et l’enseigner avec passion, c’est former des juristes qui comprennent le pourquoi des lois, et pas seulement le comment les appliquer. Son départ laisse une matière orpheline d’un enseignant qui savait transmettre cette passion.
Une réflexion d’avenir pour Lleida
La mort de German París n’est pas seulement une perte irréparable pour ceux qui l’ont connu ; c’est un avertissement pour Lleida. Les villes ne se construisent pas seulement avec du béton, des zones industrielles ou des festivals d’été. Elles se construisent avec des personnes qui, depuis la tranchée d’une salle de classe ou d’une maison d’édition, sèment des idées et forment des consciences. Le vide que laisse Paris ne se comble pas avec un concours public ni avec un remplaçant temporaire. Il se comble avec un engagement ferme en faveur de la culture critique, de la formation au débat, du soutien aux éditeurs indépendants et d’une université qui n’a pas honte de ses humanistes.
Tant que les politiques locaux et régionaux continueront de financer des macro-événements sans contenu intellectuel, tant qu’ils ignoreront le travail silencieux de ceux qui construisent le capital culturel, des villes comme Lleida continueront de perdre leurs meilleurs enfants. German París est parti. La question est de savoir si quelqu’un, au sein des institutions, est prêt à prendre le relais. Pour l’instant, le silence est la seule réponse.