Lleida, 15 infirmières ont demandé un certificat de bonne conduite en 2025 pour exercer à l’étranger. Ce chiffre, modeste en valeur absolue, représente la partie émergée de l’iceberg d’un problème qui fait de la Catalogne la communauté autonome perdant le plus de professionnels de santé en Espagne : 19,98 % de toutes les demandes nationales. Tandis que la Generalitat se vante de son modèle sanitaire, les données du Conseil général des infirmières et du Collège officiel des infirmières de Lleida (COILL) révèlent une réalité tenace : il manque au moins 12 622 professionnels en Catalogne pour atteindre le ratio européen d’infirmières par habitant, et l’exode ne cesse pas.
La Catalogne en tête de l’exode des infirmières en Espagne
Les chiffres, publiés par le journal La Mañana le 9 juillet 2026, sont sans appel. La Catalogne traite 5,5 % des demandes nationales de certificats de bonne conduite, mais concentre 19,98 % de toutes les demandes espagnoles pour travailler à l’étranger. Autrement dit, une infirmière sur cinq qui quitte le pays est catalane. Suivent Madrid, avec 225 demandes, et la Communauté valencienne, avec 217. L’Andalousie enregistre 149 demandes, les Canaries 108, le Pays basque 73, les Baléares 48, la Galice 45, Castille-La Manche 36, l’Aragon 31, Murcie 29, Castille-et-León 27, la Navarre 22, les Asturies 16, La Rioja 7, la Cantabrie 6, l’Estrémadure 5, Ceuta 3 et Melilla 2.
L’écart entre la Catalogne et le reste des communautés n’est pas un hasard. Il répond à un problème structurel que les autorités sanitaires régionales tardent à aborder avec la vigueur requise. Pendant que le Departament de Salut s’embourbe dans des débats identitaires et des restructurations administratives, les infirmières font leurs valises.
Lleida, le microcosme d’une crise annoncée
Dans la province de Lleida, 15 infirmières ont demandé un certificat de bonne conduite pour travailler hors d’Espagne. Cela peut sembler modeste, mais dans un territoire à la population réduite et un système sanitaire souffrant déjà de listes d’attente chroniques, chaque départ aggrave la pression sur celles qui restent. La présidente du COILL, Mercè Porté, l’a dit clairement : « Il faut travailler sur des politiques et des systèmes organisationnels qui valorisent la profession et rendent le système de santé suffisamment attractif pour que les infirmières y trouvent des opportunités et décident de rester. »
La traduction est simple : les infirmières de Lleida ne partent pas parce qu’elles le veulent, mais parce que le système les pousse dehors. La précarité du travail, le manque de reconnaissance professionnelle, la pression des soins et la charge de travail excessive sont les raisons évoquées par le COILL et le Conseil des collèges d’infirmières et infirmiers de Catalogne. Sa doyenne, Lluïsa Garcia, réclame « des mesures sérieuses et cohérentes » pour endiguer l’exode. Des mesures qui, à ce jour, n’arrivent pas.
Le déficit structurel : 12 622 professionnels manquants
Le chiffre le plus alarmant n’est pas l’exode en lui-même, mais ce qu’il révèle de l’état de la santé catalane. Pour atteindre le ratio européen d’infirmières par habitant, la Catalogne doit intégrer au moins 12 622 professionnels. Ce n’est pas une estimation optimiste ni un calcul partisan : c’est le chiffre avancé par les collèges professionnels eux-mêmes, que le Conseil général des infirmières (CGE) a dénoncé à plusieurs reprises.
Pendant ce temps, la population vieillit et les besoins en soins augmentent. La pression sur les effectifs s’intensifie, et les conditions de travail se dégradent. Les infirmières qui restent assument des charges de travail insoutenables, ce qui alimente à son tour le désir de partir de celles qui tiennent encore bon. C’est un cercle vicieux que la Generalitat n’a pas réussi à briser.
Le CGE a dénoncé que l’exode des infirmières continue d’augmenter année après année. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais il est croissant. Et tandis que d’autres communautés autonomes mettent en œuvre des mesures pour retenir les talents — incitations financières, réduction du temps de travail, plans de carrière —, la Catalogne continue de mener la statistique en négatif.
L’impact réel pour le citoyen de Lleida
Derrière ces chiffres, il y a des conséquences tangibles pour les patients. Les listes d’attente pour les consultations externes, les examens diagnostiques et les interventions chirurgicales s’allongent. Les soins primaires, porte d’entrée du système, souffrent d’une saturation chronique. Les citoyens de Lleida qui ont besoin d’une visite avec leur infirmière référente attendent des jours, parfois des semaines. Et quand ils sont enfin reçus, le professionnel qui les accueille le fait avec une surcharge qui compromet la qualité des soins.
Le problème n’est pas seulement celui des ressources, mais de la gestion. La Generalitat a eu des années pour planifier, pour rendre la profession attractive, pour dignifier des conditions de travail qui poussent les infirmières à chercher des opportunités au Royaume-Uni, en Irlande, en Allemagne ou dans les pays nordiques. Elle ne l’a pas fait. Et tandis que le débat politique se concentre sur d’autres priorités, la santé publique de Lleida se vide de son sang.
Une réflexion d’avenir : retenir les talents ou en assumer les conséquences
L’exode de 15 infirmières de Lleida n’est pas une anecdote statistique. C’est la preuve que le système sanitaire catalan a perdu le contact avec la réalité. Pendant que l’indépendantisme occupe l’agenda politique avec ses rêveries identitaires, les professionnels de santé s’en vont et les patients en paient le prix.
La solution n’est pas simple, mais le diagnostic, lui, l’est. Il faut des mesures sérieuses et cohérentes, comme le réclame Lluïsa Garcia. Des salaires décents, des effectifs suffisants, une reconnaissance professionnelle, des conditions de travail qui n’épuisent pas le personnel. Tout cela nécessite une volonté politique et, surtout, des investissements. Mais cela exige aussi des priorités claires. Et en Catalogne, la santé publique est trop longtemps restée au second plan.
Le prochain gouvernement de la Generalitat, quelle que soit sa couleur, devra décider s’il continue de laisser les infirmières faire leurs valises ou s’il met enfin les moyens de les retenir. Les citoyens de Lleida, qui subissent les conséquences de cet exode silencieux, méritent une réponse. Et pas de promesses vides.