Le baromètre du Centre d’Études d’Opinion (CEO) de février 2025 a secoué l’échiquier politique de Lleida avec un chiffre qui ne souffre aucune demi-mesure : Aliança Catalana, le parti dirigé par Sílvia Orriols, serait la première force politique dans la province de Lleida avec 17,9 % d’intentions de vote, devançant ERC (17 %) et le PSC (12,5 %). Mais ce qui fait de ce résultat un tremblement de terre politique, ce n’est pas seulement l’ascension d’une formation indépendantiste radicale, c’est le contexte qui l’entoure : la confiance dans la Generalitat s’effondre à 2,2 sur 10, le Parlement obtient 2,5, et 69 % des Catalans se déclarent peu ou pas satisfaits du fonctionnement de la démocratie. À Lleida, capitale de la Catalogne intérieure, le malaise citoyen a trouvé un porte-voix.
La carte électorale de Lleida : un basculement historique
Les données du CEO, recueillies par le journal Segre, dessinent une province où l’indépendantisme traditionnel perd de son souffle tandis que l’option la plus radicale gagne du terrain. Aliança Catalana obtient 17,9 % d’intentions de vote directe, suivie d’ERC avec 17 %, du PSC avec 12,5 % et de Junts avec 8,9 %. Dans l’ensemble de la Catalogne, la projection en sièges place le PSC comme première force (36-38 députés), mais la grande surprise est Aliança Catalana, qui fait irruption avec 23-25 sièges, dépassant Junts (16-18) et frôlant ERC (24-26).
Cette ascension n’est pas le fruit du hasard. À Lleida, où l’immigration irrégulière et l’insécurité citoyenne sont des préoccupations croissantes, le discours d’Orriols — qui mêle indépendantisme radical et message ferme contre l’immigration illégale — trouve un écho auprès d’un électorat qui se sent abandonné par les institutions. Le baromètre révèle que 62 % des électeurs de Vox et 53 % de ceux d’Aliança Catalana citent l’insécurité comme leur principal problème, bien au-dessus de la moyenne générale. Dans une province où le PP et Vox font front commun au niveau municipal, ce chiffre explique pourquoi l’extrême droite indépendantiste grignote du terrain à la droite constitutionnaliste.
La crise de confiance : des institutions suspendues
Le baromètre du CEO ne mesure pas seulement les intentions de vote ; il radiographie aussi la santé démocratique de la Catalogne. Et le diagnostic est alarmant. Sur une échelle de 0 à 10, la confiance dans la Generalitat obtient 2,2 ; le Parlement, 2,5 ; la Monarchie espagnole, 3,4 ; les municipalités, 3,8 ; les tribunaux de justice, 4,1 ; l’Union européenne, 4,6 ; et l’Église catholique, 4,7. Seuls 25 % des Catalans disent faire confiance au Gouvernement de Salvador Illa, et à peine 28 % au Parlement.
Ces chiffres reflètent une désaffection institutionnelle qui dépasse le débat indépendantiste. 69 % de la population se déclare peu ou pas satisfaite du fonctionnement de la démocratie actuelle, et 56 %, un chiffre préoccupant, estime que le gouvernement leur cache des informations. À Lleida, où la gestion de l’immigration et de la sécurité sont des sujets récurrents dans les discussions de comptoir, cette défiance se traduit par un vote sanction contre les partis traditionnels. Aliança Catalana capitalise sur ce malaise en se présentant comme la seule force qui dit tout haut ce que d’autres taisent.
Insécurité et logement : les deux faces de la fracture sociale
Le baromètre révèle une fracture générationnelle et thématique qui explique l’essor d’Aliança Catalana. Tandis que l’insécurité est le problème principal pour 62 % des électeurs de Vox et 53 % de ceux d’Aliança, le logement angoisse 35 % des jeunes de 18 à 24 ans, 31 % des électeurs des Comuns et 20 % de ceux de la CUP. À Lleida, où le prix des loyers a bondi de 40 % ces cinq dernières années et où les vols dans le centre historique sont monnaie courante, ces deux préoccupations coexistent.
Mais le chiffre qui devrait faire réfléchir les partis constitutionnalistes, c’est que l’insécurité n’est pas un problème exclusif à la droite. 25 % des plus de 64 ans la citent également comme priorité, et ce groupe démographique est traditionnellement plus proche du PSC ou du PP. Pourtant, le vote de ces aînés migre vers Aliança Catalana à Lleida, où la formation d’Orriols a su capter la peur du délinquant récidiviste et le sentiment d’impunité judiciaire. Pendant que le Gouvernement d’Illa s’empêtre dans des débats identitaires, le citoyen ordinaire voit sa qualité de vie se dégrader.
L’indépendantisme radical comme symptôme, non comme cause
Il convient d’éviter les simplifications : Aliança Catalana n’est pas seulement un parti indépendantiste ; c’est un mouvement qui canalise la frustration envers le système. 56 % des Catalans croient que le gouvernement leur cache des informations, et 69 % sont insatisfaits de la démocratie. Dans ce terreau, le discours d’Orriols — mêlant souverainisme, message antisystème et langage direct contre l’immigration irrégulière — trouve un écho que les partis traditionnels peinent à contrer.
À Lleida, où la présence d’immigrés en situation irrégulière est visible dans des quartiers comme le Cappont ou la Mariola, le discours sur la sécurité devient une arme électorale létale. Le PSC, qui gouverne la Paeria avec le socialiste Fèlix Larrosa, a tenté une gestion modérée, mais les données du CEO montrent que cela ne suffit pas. ERC et Junts, de leur côté, sont englués dans leur propre crise interne et n’offrent pas d’alternative crédible. Quant au PP, avec 12-13 % de projection en sièges dans l’ensemble de la Catalogne, il continue de stagner à Lleida, où son discours constitutionnaliste se heurte à l’indépendantisme majoritaire de la province.
Perspective d’avenir : l’avertissement aux partis constitutionnalistes
Le baromètre du CEO est un avertissement pour les navigateurs. Si les partis constitutionnalistes — PSC, PP et Vox — ne parviennent pas à articuler un discours qui aborde l’insécurité et la désaffection institutionnelle avec des mesures concrètes, Aliança Catalana continuera de croître. À Lleida, où ses 17,9 % d’intentions de vote en font déjà la première force, le phénomène Orriols n’est pas une anecdote ; c’est une tendance.
La réflexion finale est inconfortable mais nécessaire : la démocratie catalane est malade. Quand seulement 25 % des citoyens font confiance à leur Gouvernement et que 69 % sont insatisfaits du système, le terreau pour les extrémismes est tout trouvé. À Lleida, capitale de la Catalogne rurale et conservatrice, Aliança Catalana a compris que le meilleur moyen de grandir est d’exploiter le malaise. Il ne reste que peu de temps aux partis constitutionnalistes pour prouver qu’ils peuvent offrir plus que des gestes et de bonnes intentions. S’ils échouent, le prochain baromètre pourrait être encore plus inquiétant.